1Vue d'ensemble de l'endocrinologie
L'endocrinologie étudie les glandes qui sécrètent des hormones dans le sang pour agir à distance sur des organes cibles. La logique d'examen repose sur deux questions : la glande est-elle en excès ou en déficit, et l'atteinte est-elle primaire (glande) ou centrale (hypophyse/hypothalamus) ?
Hormone
Messager chimique libéré par une glande endocrine, transporté par le sang, agissant à faible concentration sur des récepteurs spécifiques d'organes cibles.
Axe endocrine
Chaîne hiérarchisée hypothalamus → hypophyse → glande périphérique, régulée par un rétrocontrôle de l'hormone finale sur les étages supérieurs.
Rétrocontrôle (feedback)
Le rétrocontrôle négatif est la règle : quand l'hormone périphérique augmente, elle freine l'hypothalamus et l'hypophyse, et inversement. Les principaux axes :
- Thyréotrope : TRH → TSH → T3/T4.
- Corticotrope : CRH → ACTH → cortisol.
- Gonadotrope : GnRH → FSH/LH → œstrogènes / testostérone.
- Somatotrope : GHRH → GH → IGF-1.
- Lactotrope : la prolactine est surtout sous frein dopaminergique permanent.
Niveaux d'atteinte
- Primaire : la glande périphérique est malade. L'hormone trophique hypophysaire est élevée en cas de déficit (perte du frein), basse en cas d'excès.
- Secondaire : l'hypophyse est en cause (déficit ou excès de l'hormone trophique).
- Tertiaire : l'hypothalamus est en cause (déficit en hormone de libération).
| Paramètre | Atteinte primaire (glande) | Atteinte secondaire (hypophyse) |
|---|---|---|
| Siège | Glande périphérique | Antéhypophyse |
| Hormone périphérique | Basse | Basse |
| Hormone trophique (TSH, ACTH…) | Élevée (perte du rétrocontrôle) | Basse ou « normale » inadaptée |
| Exemple thyroïdien | Hypothyroïdie : TSH ↑, T4 ↓ | Hypothyroïdie centrale : TSH basse/normale, T4 ↓ |
Explorations hormonales (principes)
- Dosages statiques : hormone périphérique couplée à sa trophine, dans des conditions standardisées (rythme circadien, jeûne, repos).
- Tests dynamiques de stimulation : explorent une hypofonction (la glande répond-elle ?).
- Tests dynamiques de freinage : explorent une hyperfonction (la sécrétion est-elle freinable ?).
- Imagerie ciblée : échographie, TDM, IRM hypophysaire/surrénalienne selon l'axe.
- Le rétrocontrôle négatif gouverne tous les axes : il faut toujours lire l'hormone cible avec sa trophine.
- Déficit + trophine élevée = atteinte primaire ; déficit + trophine basse/normale = atteinte centrale.
- On stimule pour chercher un déficit, on freine pour chercher un excès.
- Une hormone interprétée seule, sans sa trophine, induit en erreur (ex. T4 basse + TSH basse = origine centrale, pas hyperthyroïdie).
- Conditions de prélèvement négligées : le cortisol et la GH ont un rythme, la prolactine monte avec le stress et l'effort.
- Une trophine « normale » peut être inadaptée au contexte et donc pathologique.
2Diabète sucré : définition et classification
Le diabète sucré est une hyperglycémie chronique liée à un défaut de sécrétion d'insuline, à une insulinorésistance, ou aux deux. Le diagnostic est biologique ; la classification oriente la prise en charge.
Critères diagnostiques (principes)
- Glycémie à jeun ≥ 1,26 g/L (7 mmol/L), à confirmer.
- Glycémie ≥ 2 g/L (11,1 mmol/L) à tout moment + syndrome cardinal.
- Glycémie ≥ 2 g/L à la 2e heure d'une HGPO.
- HbA1c ≥ 6,5 % (reflet de l'équilibre des ~3 derniers mois).
Syndrome cardinal
Polyurie, polydipsie, polyphagie et amaigrissement : il traduit une carence insulinique marquée et impose une prise en charge sans délai.
Principaux types
Type 1
- Auto-immun, carence absolue en insuline
- Sujet souvent jeune, début brutal, cétose
- Auto-anticorps (anti-GAD, anti-IA2, anti-îlots)
Type 2
- Insulinorésistance + insulinopénie relative
- Terrain : âge, surpoids, sédentarité, hérédité
- Début insidieux, parfois révélé par une complication
Diabète gestationnel
- Trouble de tolérance glucidique apparu/diagnostiqué pendant la grossesse
- Dépistage ciblé ; risques materno-fœtaux
Diabètes secondaires
- Pancréatiques, endocriniens (Cushing, acromégalie, phéo)
- Iatrogènes (corticoïdes), génétiques (MODY)
Facteurs de risque du type 2
- Surpoids/obésité (surtout androïde), sédentarité.
- Antécédents familiaux de diabète, antécédent de diabète gestationnel.
- HTA, dyslipidémie, syndrome métabolique, âge avancé.
| Critère | Type 1 | Type 2 |
|---|---|---|
| Mécanisme | Destruction auto-immune des cellules β, carence absolue | Insulinorésistance + insulinopénie progressive |
| Âge de début | Souvent jeune (enfant, adulte jeune) | Souvent après 40 ans (mais en rajeunissement) |
| Poids | Normal ou amaigri | Surpoids / obésité fréquents |
| Début | Brutal, syndrome cardinal, cétose | Insidieux, longtemps asymptomatique |
| Anticorps | Présents | Absents |
| Cétose spontanée | Fréquente | Rare (sauf facteur intercurrent) |
| Traitement de fond | Insuline indispensable d'emblée | Hygiène de vie + antidiabétiques, insuline secondairement |
- Le diagnostic est biologique : glycémie à jeun, glycémie + symptômes, HGPO ou HbA1c.
- Type 1 = carence absolue (insuline vitale) ; type 2 = insulinorésistance d'un terrain métabolique.
- Toujours rechercher une cause secondaire devant un diabète atypique.
- Un adulte jeune mince qui « décompense » n'est pas forcément un type 2 : penser type 1 lent (LADA).
- La glycosurie n'établit pas le diagnostic : c'est la glycémie/HbA1c qui compte.
- Un type 2 peut se révéler directement par une complication (rétinopathie, infarctus, pied).
3Traitement du diabète
La prise en charge associe hygiène de vie, éducation thérapeutique, autosurveillance et médicaments, avec des objectifs individualisés. Cette fiche reste au niveau des principes : elle ne donne ni schéma posologique ni protocole d'ajustement.
Socle commun
- Hygiène de vie : alimentation équilibrée, activité physique régulière, sevrage tabagique, contrôle du poids.
- Éducation thérapeutique : compréhension de la maladie, autosurveillance glycémique, reconnaissance des hypo/hyperglycémies.
- Observance et suivi régulier, prise en charge globale des facteurs de risque cardiovasculaire.
Antidiabétiques non insuliniques (grandes classes)
- Biguanides (metformine) : réduisent la production hépatique de glucose ; 1re intention du type 2 sauf contre-indication.
- Sulfamides hypoglycémiants et glinides : stimulent l'insulinosécrétion (risque d'hypoglycémie).
- Inhibiteurs de la DPP-4 (gliptines) et analogues du GLP-1 : voie des incrétines.
- Inhibiteurs du SGLT2 (gliflozines) : augmentent l'élimination urinaire du glucose.
- Inhibiteurs de l'α-glucosidase et thiazolidinediones : autres mécanismes.
Insulinothérapie (principes)
- Types d'insulines selon la durée d'action : rapides/analogues rapides, intermédiaires, lentes/analogues lents.
- Schémas de principe : basal seul ou basal-bolus, adaptés au profil du patient.
- Indications : type 1 (toujours), type 2 en cas d'échec, de contre-indication aux oraux, de grossesse ou de situation aiguë.
Hypoglycémie iatrogène
- Signes adrénergiques (sueurs, tremblements, palpitations, faim) puis neuroglucopéniques (confusion, troubles du comportement, coma).
- Survient surtout sous insuline et sous sulfamides/glinides.
- Principe : resucrage si le patient est conscient ; prévention par éducation et adaptation.
- Type 1 = insuline vitale ; type 2 = hygiène de vie + metformine en 1re intention puis escalade.
- Hygiène de vie et éducation sont la base de tout traitement, à tous les stades.
- Insuline et sulfamides exposent à l'hypoglycémie : à connaître et à prévenir.
- Ne jamais arrêter l'insuline chez un type 1, même à jeun ou malade : risque d'acidocétose.
- Adapter les classes selon le terrain (fonction rénale, situations aiguës).
- Une hypoglycémie sous sulfamides peut être prolongée et récidiver après resucrage.
4Complications aiguës du diabète
Trois grandes urgences métaboliques : l'hypoglycémie, l'acidocétose diabétique et l'état hyperosmolaire. Elles partagent un signal commun : tout trouble de conscience chez un diabétique impose une glycémie capillaire immédiate.
Hypoglycémie
- Causes : excès d'insuline/sulfamides, repas sauté, effort, alcool.
- Signes adrénergiques puis neuroglucopéniques ; gravité : convulsions, coma.
- Principe : resucrage selon l'état de conscience, recherche de la cause.
Acidocétose diabétique
- Mécanisme : carence insulinique profonde → hyperglycémie + cétogenèse + acidose métabolique.
- Facteurs déclenchants : infection, arrêt d'insuline, révélation d'un type 1.
- Clinique : syndrome cardinal, dyspnée de Kussmaul, haleine acétonique, déshydratation, douleurs abdominales, troubles de conscience.
- Biologie : hyperglycémie, cétonémie/cétonurie, acidose métabolique ; surveiller la kaliémie.
État hyperosmolaire
- Terrain : sujet âgé, type 2, accès à l'eau limité.
- Hyperglycémie majeure + déshydratation intense + hyperosmolarité, sans cétose significative.
- Troubles de conscience ; mortalité élevée.
Acidose lactique (principe)
Rare mais grave : à évoquer dans un contexte d'hypoxie/insuffisance rénale, notamment sous biguanides en situation à risque.
| Critère | Hypoglycémie | Acidocétose | État hyperosmolaire |
|---|---|---|---|
| Terrain | Tout diabétique traité | Surtout type 1 | Surtout type 2 âgé |
| Installation | Brutale (minutes) | Heures à jours | Jours |
| Glycémie | Basse | Élevée | Très élevée |
| Cétose | Absente | Marquée | Absente/minime |
| Acidose | Non | Oui (métabolique) | Non/peu |
| Déshydratation | Non | Présente | Majeure |
| Signe clé | Sueurs, neuroglucopénie | Kussmaul, haleine acétonique | Déshydratation + troubles de conscience |
- Trouble de conscience + diabète = glycémie capillaire immédiate.
- Acidocétose = cétose + acidose ; état hyperosmolaire = déshydratation + hyperosmolarité sans cétose.
- Ces trois situations sont des urgences nécessitant une orientation hospitalière.
- L'acidocétose peut être inaugurale d'un type 1 ; les douleurs abdominales peuvent égarer vers une cause chirurgicale.
- Une hypoglycémie peut mimer une ébriété ou un AVC.
- Kaliémie initiale « normale » malgré une déplétion potassique globale : piège classique.
5Complications chroniques du diabète
L'hyperglycémie chronique lèse les vaisseaux : microangiopathie (petits vaisseaux : œil, rein, nerf) et macroangiopathie (gros vaisseaux : cœur, cerveau, membres). Le dépistage est systématique et régulier.
Microangiopathie
- Rétinopathie : dépistage par fond d'œil/rétinophotographie ; risque de baisse visuelle et de cécité.
- Néphropathie : microalbuminurie → protéinurie → insuffisance rénale ; surveillance de l'albuminurie et de la fonction rénale.
- Neuropathie : périphérique sensitive « en chaussette » ; autonome (cardiaque, digestive, vésicale, génito-urinaire).
Macroangiopathie
- Coronaropathie (souvent silencieuse chez le diabétique), AVC, artériopathie des membres inférieurs.
- Aggravée par les facteurs de risque associés : HTA, dyslipidémie, tabac.
Pied diabétique
- Trépied : neuropathie + artériopathie + infection ; mal perforant plantaire indolore.
- Prévention : chaussage adapté, soins et inspection des pieds, éducation.
- Gravité : évolution rapide possible vers l'amputation.
| Critère | Microangiopathie | Macroangiopathie |
|---|---|---|
| Vaisseaux | Petits vaisseaux (capillaires) | Gros et moyens vaisseaux (athérome) |
| Organes | Rétine, rein, nerfs | Cœur, cerveau, membres inférieurs |
| Spécificité au diabète | Quasi spécifique | Athérome accéléré, non spécifique |
| Dépistage | Fond d'œil, albuminurie, examen neuro et des pieds | ECG/évaluation cardio, palpation des pouls, écho-doppler |
| Prévention clé | Équilibre glycémique | Contrôle global des facteurs de risque |
- Dépistage annuel systématique : œil, rein, pieds, cœur et vaisseaux.
- L'équilibre glycémique précoce protège durablement (« mémoire glycémique »).
- Le pied diabétique se prévient avant tout par l'éducation et l'inspection régulière.